bébé

Interview de Sibylle Lüpold, consultante dans le sommeil des enfants

 

J’ai eu le plaisir d’interviewer Sibylle sur un sujet où beaucoup de parents rencontrent des difficultés : le sommeil de l’enfant.
Son approche est d’aider les parents à comprendre le comportement de l’enfant et de leur donner des informations sur le développement du sommeil et le développement émotionnel en leur montrant différentes possibilités d’accompagner leur enfant dans la nuit et de l’aider à dormir tranquillement.

 

1 – Sibylle, peux-tu te présenter ?

Je suis Suisse allemande et mère de trois fils (12, 9 et 6 ans), consultante en allaitement et écrivain (deux livres, une brochure, plusieurs articles etc…). 

Mon sujet préféré est le sommeil d’enfant. Je fais des consultations pour parents (personnellement, par téléphone ou par email). 

 

2 – Peut-tu nous dire pourquoi ne faut-il pas laisser pleurer son enfant ?

→ Je peux répondre à la question d’un côté scientifique :

les conclusions de la science d’attachement et de la neurologie indiquent qu’un enfant peut souffrir de graves dommages si on le néglige, dans notre cas si on le laisse pleurer tout seul.

Pendant ce temps il ressent beaucoup de peur et de stress, ce qu’on peut mesurer dans son organisme.

Si ça arrive plusieurs fois le stress peut mettre à mal à long terme pour son développement neurologique et émotionnel. 

Tout ce qu’un être humain éprouve dès le premier moment de sa vie (déjà dans le ventre de sa mère) reste enregistré dans son subconscient.

Ce qui passe dans les premiers trois ans de notre vie nous ne pouvons pas nous souvenir, mais nous portons les sentiments corrélatifs dans nous.

Sans souvenir conscient c’est difficile d’assimiler plus tard des évènements vulnérables.

L’enfant souffre par la peur et la tristesse quand ses parents le laissent pleurer tout seul et peut le poursuivre toute sa vie.

 

→ Mais je peux aussi simplement répondre à cette question d’un côté humain :

 notre bébé vient dans ce monde complètement démuni et dépendant.

Il a besoin de notre protection et de notre proximité de pouvoir survivre, se sentir sûr et bien.

S’il peut être à notre abri, il peut construire pas à pas sa confiance aux autres (« mes parents sont là quand j’ai besoin ») mais aussi en lui-même (« mes parents s’occupent de moi, alors je suis important »). 

Quand des parents laissent pleurer leurs enfants, ils souffrent eux-mêmes également.

Tous les parents sentent l’importance d’être là pour leur enfant – quand ils ne le font pas, c’est parce qu’ils pensent qu’ils ne doivent pas le « gâter » ou parce qu’ils ont trop exigé avec leur rôle de parent.

Le fait de ne pas répondre aux signaux de son enfant quand il est petit à des conséquences pour l’avenir – la relation parent-enfant est marquée par la méfiance.

Si nous avons des doutes sûr comment nous devons traiter un enfant nous pouvons toujours nous demander:

Qu’est-ce que j’ai besoin moi-même dans une situation similaire?

Qu’est-ce que j’attends de mon mari ou mes amis quand je suis triste ou quand j’ai peur?

Comment je me sentirais si mon mari/ma femme me laisserait tout seul quand je suis en train de pleurer?

 

Avec ces questions toutes simples nous comprenons ce dont notre enfant a besoin. 
3 – Qu’est-ce qui prouve aujourd’hui scientifiquement que laisser pleurer bébé est néfaste ?

 

C’est un point problématique, parce que les défenseurs des méthodes où on laisse crier les enfants argumentent justement avec le fait que nous n’avons pas des preuves scientifiques que laisser pleurer est néfaste.

C’est vrai, nous ne pouvons pas faire une recherche avec 100 familles et ordonner aux 50 parents de laisser crier son enfant et dire à au deuxième groupe de ne pas le faire.

Après un certain temps et beaucoup d’observations on regarderait si les enfants « criants » auraient souffert des dommages. Et techniquement ça ne va pas. Alors nous n’avons pas de réponses précis à ta question et les experts continuent à discuter. 

Mais de l’autre côté nous pouvons dire que laisser pleurer ne soit pas anodin et qu’ il est profondément problématique de le faire. 

Et comme j’ai dit avant, les connaissances de la science d’attachement et de la neurologie montrent bien qu’il n’est pas recommandable du tout de négliger un enfant.

Au contraire, la recherche des dizaines d’années montre que les enfants dont les parents sont très émotifs (qui répondent très vite et fiablement à chaque expression) se développent le mieux. 

 

4 – On entend souvent des parents dirent « ce sont des caprices », que leur dirais-tu ?

 

Pas les bébés et pas dans la nuit. Les parents doivent faire la différence entre des caprices et de vrai besoin.

Pour un nourrisson (dans la première année) tout ce qu’il exprime sont des vrais besoins. Il n’a pas encore la capacité cognitive de manipuler des personnes.

Beaucoup de parents ont peur de gâter son enfant et alors, ne donnent pas à 100% d’affection.

C’est dommage parce que comme ça ils ne peuvent pas apprécier à 100% la confiance mutuelle non plus.

Il n’est pas possible de gâter un bébé avec de l’amour, du temps ou des caresses.

Au contraire des enfants qui n’obtiennent pas assez d’attention et de contact commencent souvent à devenir très exigeant. Quand ils sont plus grands il y a le risque que ces enfants soient « gâtés » comme ils veulent toujours plus.

 

« Il n’est pas possible de gâter un bébé avec de l’amour, du temps ou des caresses. »

 

5 – Que conseillerais-tu aux parents épuisés par les pleurs nocturnes de l’enfant ? 

 

Mon expérience de sept ans de consultation est que si un bébé peut dormir très proche de ses parents il n’a pas besoin de crier quand il se réveille.

Les enfants pleurent parce qu’ils ne supportent pas d’ être seule la nuit.

Alors ils communiquent aux parents: « Je veux être chez toi, il y a seulement là, où je me sens sûr ». Les enfants qui dorment dès la naissance chez ses mères sont normalement tranquilles la nuit. Bien-sûrs au début ou quand ils sont malades ils pleurent parfois. 

Les autres enfants qui dorment dans leur propre lit ou dans une autre chambre doivent pleurer pour appeler les parents.

Si les parents prennent finalement ces enfants chez eux, il est possible qu’ils soient inquiets au début. Mais après quelque temps ils se détendent et dorment mieux. 

Pour les mères qui allaitent il est important d’apprendre à donner le sein en étant allongée.

Quand le bébé commence à se réveiller la mère peut lui donner la tétée toute suite, avant qu’il soit complètement réveillé.

Les deux peuvent continuer à dormir sans dérangement. Comme ça les nuits deviennent très tranquilles.

6- Comment gérer les critiques de l’entourage entourage ? (il faut laisser bébé pleurer, il joue avec toi…)

 

Ça  peut être difficile si ces critiques viennent des personnes de confiance.

Mais pour le parent il peut être très fatigant de devoir se justifier tout le temps.

Ce que je leur propose est de se démarquer au moins quand l’enfant est petit.

Il est très important que les parents se trouvent dans un entourage avec du soutien et de la compréhension.

En fait ce n’est pas seulement le bébé qui est vulnérable mais aussi ses parents. Le devoir pour tous les autres c’est de protéger une jeune famille et d’estimer les parents pour les fortifier.

Dans mon travail je ne fais souvent rien d’autre que de dire aux parents:

« C’est fantastique ce que vous faites! »

Ça  leur donne la motivation de continuer et d’être là pour leur enfant.

 

Nos enfants n’ont pas besoin d’avoir des parents parfaits, mais d’avoir des parents présents. 

 

Merci énormément Sibylle pour ta précieuse interview, j’ai été honorée et j’ai beaucoup aimé échanger avec toi.

Vous pouvez également lire sa brochure en cliquant ici : « La nuit aussi, les enfants ont besoin de nous » 

 

Amicalement, Roselyne

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...

4 Comments

  1. Elise Dupont

    14 janvier 2016 at 20 h 47 min

    bonjour !
    je suivait avec attention la saga de ta consultation du sommeil et je vois qu’elle a totalement disparu ??

    1. Roselyne

      14 janvier 2016 at 21 h 17 min

      Bonsoir Elise,

      Je me suis dit que c’était bien si je la proposais sous forme de PDF, de façon à ce que mes lecteurs puissent lire les consultations plus facilement et surtout sans chercher sur mon blog. Il suffit juste de laisser son mail dans la barre latérale à droite, si tu l’as déjà fait je m’en excuse et c’est avec plaisir que je vais t’envoyer la totalité des 3 consultations. Merci beaucoup pour l’interêt que tu porte sur mon blog. Très belle soirée, Roselyne

  2. Caroline

    19 septembre 2016 at 0 h 50 min

    Bonjour Roselyne comment pourrais je contacter Sibylle Lüpold j aimerais beaucoup faire une consultation?? Bravo et merci pour cet interview et ton super blog!

    1. Roselyne

      19 septembre 2016 at 9 h 15 min

      Hey bonjour Caroline, merci beaucoup !!! Alors voici le mail de Sibylle sibylle.luepold@gmail.com n’hésite pas à lui dire que tu viens de mon blog à très bientôt Roselyne

Leave a Reply